Réo : le porc au four, flambeau des saveurs locales
Le porc au four n’est pas qu’un simple mets à Réo, dans la région de Nando : il incarne une identité, un savoir-faire transmis de génération en génération et une source de revenus pour de nombreuses familles. À l’occasion des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne, Civitac est allée, samedi 4 avril 2026 à Réo, à la rencontre de Luc BAZIÉ, charcutier et figure de cette activité emblématique, pour mieux comprendre les enjeux autour de cette spécialité locale.
Réo, capitale provinciale du Sanguié. Dans cette ville située 15 km de Koudougou, le porc au four est bien plus qu’un plat prisé lors des cérémonies. En effet, selon les témoignages recueillis, cette activité trouve ses racines dans une tradition ancienne initiée par un pionnier local, Roger BAMOUNI. À l’origine, explique Luc BAZIÉ, les familles vendaient du porc cru aux cultivateurs. Progressivement, la transformation du produit a émergé, donnant naissance à une spécialité aujourd’hui indissociable de la commune.
Ainsi, le porc au four s’est imposé comme un élément central des événements sociaux. « À chaque cérémonie, il y a le porc au four », confie le charcutier, soulignant son importance dans les habitudes alimentaires locales. Cette évolution traduit une véritable valorisation des ressources locales, en phase avec les objectifs de souveraineté alimentaire promus lors des journées patriotiques.
Lire aussi : Centre-Ouest/Réo : 2e édition du Festival porc au four
Par ailleurs, le savoir-faire lié à la préparation du porc au four repose à la fois sur la transmission familiale et l’innovation individuelle. Si Luc BAZIÉ a appris le commerce auprès de son père, il affirme avoir perfectionné lui-même la technique de cuisson. « Aujourd’hui, je peux le faire même en dormant », dit-il avec assurance, preuve d’une maîtrise acquise au fil des années.
Cependant, cette activité n’est pas sans défis. La question de la qualité sanitaire de la viande demeure centrale. À ce titre, les acteurs du secteur combinent savoirs traditionnels et contrôles modernes. D’une part, ils utilisent des méthodes empiriques pour détecter les maladies chez l’animal. D’autre part, l’intervention des services vétérinaires à l’abattoir permet de garantir la salubrité de la viande mise en vente.
Malgré ces précautions, les difficultés d’approvisionnement persistent. En effet, les éleveurs font face à des épidémies récurrentes qui déciment le cheptel. Cette situation entraîne des pénuries, obligeant les vendeurs à parcourir de longues distances sans garantie de trouver des animaux sains. De ce fait, certains jours se passent sans activité commerciale.
Néanmoins, le porc au four reste un pilier économique pour de nombreuses familles. Grâce à cette activité, Luc BAZIÉ affirme subvenir aux besoins de son foyer et assurer la scolarisation de ses enfants. De plus, les acteurs de la filière contribuent à l’économie locale à travers le paiement de taxes, d’impôts et des cotisations communautaires. À cet effet, ils ont même participé à la construction des premières infrastructures de vente, avant l’intervention des autorités communales et de projets de développement pour moderniser les installations.
Dans le même sens, la dynamique de transmission du savoir-faire se poursuit. Le charcutier forme régulièrement des jeunes, certains venant même d’autres localités. Une démarche qui favorise non seulement la pérennisation du métier, mais aussi sa diffusion à l’échelle nationale.
En outre, la valorisation des produits locaux constitue un enjeu majeur. Face à une certaine réticence de consommateurs attirés par des produits importés, les acteurs locaux plaident pour un retour aux sources. « Le porc que nous mangeons ici, c’est de la bonne viande, élevée naturellement », insiste Luc BAZIÉ, appelant à consommer local avec fierté.
Lire aussi : Saveurs de Koudougou, fierté de l’assiette locale
Cet avis est partagé par les clients. Yves BATIONO, consommateur, met en avant la qualité et le caractère naturel de cette viande issue de l’élevage local. Pour lui, le porc au four de Réo est un produit sain et savoureux, reflet du terroir burkinabè.
En définitive, le porc au four apparaît comme un symbole de résilience et d’identité pour la commune de Réo. Toutefois, pour consolider cette filière, les acteurs appellent à un accompagnement accru de l’État, notamment en matière de formation et de lutte contre les maladies animales. Car, au-delà de sa dimension culinaire, cette activité représente un véritable levier de développement économique et social.
Bernadette KAMBIRÉ et Yves Joël YANOGO, Observateurs Civitac, Ouagadougou
Partager sur :
Ajouter un commentaire