De la réflexion sur la gouvernance à la veille citoyenne des politiques publiques, le Laboratoire Citoyennetés a progressivement construit une présence dans l'espace public burkinabè et sous-régional. À travers les médias, les institutions partenaires et les plateformes spécialisées, ses interventions retracent un parcours marqué par la production de connaissances, l'expérimentation citoyenne, le dialogue entre acteurs et l'accompagnement des dynamiques de transformation sociale.
Depuis sa création, le Laboratoire Citoyennetés
s'inscrit dans une démarche qui associe réflexion, recherche, action et
mutualisation des expériences. On peut ainsi retracer plusieurs étapes de cette
trajectoire institutionnelle.
Aux origines : penser autrement la gouvernance
Dans un entretien consacré à la décentralisation
et à la gouvernance, en 2007, Boureima Ouédraogo présentait alors la
philosophie du Laboratoire Citoyennetés comme un espace de production de
connaissances et de propositions, fondé sur l'expérimentation de pratiques
novatrices et d'initiatives citoyennes à l'échelle locale.
Cette intervention posait déjà les fondements
d'une identité institutionnelle qui demeure structurante : comprendre les
transformations sociales et politiques à partir des réalités vécues par les
citoyens afin de contribuer à la transformation de l'action publique.
Quelques années plus tard, les réflexions du
Laboratoire Citoyennetés sur la relation entre action publique et citoyennetés
ont également trouvé un écho dans les espaces spécialisés de gouvernance. La
question centrale était déjà clairement formulée : quelles actions publiques
pour quelles citoyennetés ?
Cette interrogation allait progressivement
structurer les interventions, programmes et prises de parole de l'organisation.

La gouvernance locale comme laboratoire d'action
La décentralisation et la gouvernance
territoriale ont constitué l'un des premiers grands champs d'expérimentation du
Laboratoire Citoyennetés.
En 2016, à l'occasion d'une analyse du processus
de décentralisation au Burkina Faso, l'expertise des responsables du
Laboratoire Citoyennetés sur les questions de gouvernance locale était déjà
reconnue dans le débat public.
Cette orientation s'est renforcée avec le
développement de partenariats avec les médias locaux. En décembre 2018, le
Laboratoire Citoyennetés renouvelait notamment sa collaboration avec une
trentaine de médias de proximité. Au-delà de l'appui aux journalistes, cette
initiative traduisait une conviction forte : les médias locaux constituent des
acteurs essentiels du rapprochement entre gouvernants et gouvernés.
Cette collaboration a également favorisé le
développement de formats innovants de communication citoyenne, notamment à
travers le théâtre radiophonique et la production de contenus sur les enjeux
locaux.
CIVITAC : le numérique au service de la
participation citoyenne
L'avènement du numérique a ouvert une nouvelle
étape dans les modes d'intervention du Laboratoire Citoyennetés.
À travers la plateforme CIVITAC, l'organisation a
développé un espace d'information et de participation autour des enjeux de
gouvernance locale et de développement territorial.
En juillet 2019, une initiative en direction de
la jeunesse a notamment permis de former 150 jeunes leaders du Centre-Ouest sur
les enjeux des médias, des réseaux sociaux et de la participation citoyenne.
Cette action mettait déjà en avant un enjeu qui demeure particulièrement actuel
: permettre aux citoyens, notamment aux jeunes, de mieux produire, comprendre
et utiliser l'information dans l'espace public numérique.
L'expérience CIVITAC a par ailleurs fait l'objet
d'un intérêt académique. Une recherche publiée en 2025 s'est intéressée à la
contribution de la plateforme à la promotion de la participation citoyenne dans
la région du Plateau-central.
Cette reconnaissance dans le champ scientifique
constitue un indicateur supplémentaire de l'intérêt porté aux outils
expérimentés par le Laboratoire Citoyennetés en matière de participation et de
gouvernance locale.
Faire de la redevabilité une pratique
territoriale
Entre 2018 et 2021, le Laboratoire Citoyennetés a
également renforcé ses interventions dans le domaine de la redevabilité
sociale.
Le projet d'appui à la redevabilité sociale en
faveur de l'accès aux services sociaux de base, mis en œuvre dans 35 communes,
a permis d'accompagner des dynamiques de contrôle citoyen dans plusieurs
secteurs essentiels, notamment l'éducation, la santé, l'eau potable et
l'assainissement.
À travers cette expérience, l'organisation a
contribué à promouvoir une conception concrète de la citoyenneté : une
citoyenneté qui ne se limite pas à l'expression d'opinions, mais qui participe
au suivi de l'action publique et à l'amélioration des services destinés aux
populations.
Cohésion sociale et accès aux droits dans les
zones fragiles
Les interventions du Laboratoire Citoyennetés se
sont également adaptées aux transformations du contexte burkinabè.
Dans les zones affectées par l'insécurité et les
déplacements de populations, la question de la cohésion sociale et de l'accès
aux services essentiels est devenue un axe majeur d'intervention.
En 2021, le Laboratoire Citoyennetés était ainsi
engagé dans une démarche visant à améliorer la qualité, l'accessibilité et la
disponibilité des services d'état civil dans les communes de Ouahigouya, Titao
et Dori.
L'approche associait diagnostic des services,
dialogue entre acteurs et recherche de solutions adaptées aux réalités
territoriales.
Dans le cadre du projet Trois Frontières, le
Laboratoire Citoyennetés a également contribué à des initiatives de promotion
de la coexistence pacifique, de prévention des conflits et d'accompagnement des
populations vulnérables.
Ces interventions témoignent d'une évolution
importante : la citoyenneté est également abordée comme une condition d'accès
aux droits, de reconnaissance sociale et de cohésion entre communautés.
FASOVEIL : le changement d'échelle de la veille
citoyenne
L'année 2022 marque une nouvelle étape majeure
avec la mise en place du projet « Faciliter la Redevabilité et la VEILLE
citoyenne avec la SOciété civile » (FASOVEIL).
Le Laboratoire Citoyennetés assure, aux côtés de
la Fondation Hirondelle, la mise en œuvre de cette initiative soutenue par
l'Union européenne et la Coopération suisse.
Dès la phase préparatoire, l'ambition du
programme était clairement affirmée : renforcer les capacités de la société
civile afin qu'elle puisse contribuer, sur la base de données et d'évidences,
au suivi et à l'amélioration des politiques publiques.
Le lancement officiel de la phase opérationnelle
de FASOVEIL, en avril 2023, a donné une visibilité nationale à cette ambition.
Le projet se présente comme un instrument de
dialogue entre l'État, la société civile, les médias et les citoyens autour des
priorités nationales de développement.
À travers FASOVEIL, le Laboratoire Citoyennetés a ainsi contribué à structurer un espace de veille couvrant plusieurs thématiques majeures de l'action publique, allant de la gouvernance à la sécurité, en passant par les ressources naturelles, la sécurité alimentaire, la cohésion sociale ou encore la lutte contre la corruption.

Produire des évidences pour influencer les
politiques publiques
L'une des évolutions les plus significatives des
dernières années réside dans le renforcement de la fonction de production de
connaissances.
En novembre 2024, la présentation du « Rapport alternatif 2023 » a constitué une étape importante dans cette dynamique.
Fruit d'un processus de suivi citoyen associant
plusieurs organisations de la société civile, ce rapport a permis de porter
dans le débat public des analyses et recommandations relatives aux politiques
publiques nationales.
Au-delà de la publication d'un document,
l'exercice traduit une orientation stratégique : faire du suivi citoyen un
processus de production d'évidences susceptibles d'alimenter le dialogue avec
les institutions publiques.
Cette démarche se poursuit à travers les actions
de dialogue politique et de renforcement des capacités des organisations
partenaires.
En 2026, le bilan d'une initiative portée par le
CNOSC/BF avec l'appui du Laboratoire Citoyennetés à travers FASOVEIL a
notamment mis en lumière les efforts consacrés à la consolidation du dialogue
politique national autour du suivi citoyen des politiques publiques.
Des territoires aux politiques nationales
L'action du Laboratoire Citoyennetés conserve
parallèlement un fort ancrage territorial.
Dans plusieurs régions, ses interventions
accompagnent les cadres de concertation, les collectivités et les organisations
citoyennes autour de problématiques liées à la redevabilité, à la cohésion
sociale et à la sécurité communautaire.
Les projets territoriaux tels que SOLIDèR
illustrent cette articulation entre les enjeux locaux et les dynamiques
nationales.
En 2026, plusieurs publications de l'Agence
d'information du Burkina ont notamment fait état d'interventions soutenues par
le Laboratoire Citoyennetés dans les cadres de concertation territoriaux et les
journées de redevabilité.
Ces initiatives rappellent une constante dans la
démarche institutionnelle du Laboratoire Citoyennetés : les transformations de la
gouvernance ne peuvent être pensées uniquement depuis le niveau central. Elles
doivent également s'appuyer sur les territoires, les pratiques locales, les
organisations communautaires et les expériences citoyennes.
Une présence qui accompagne les transformations
de la société burkinabè
Du débat sur la communalisation à la gouvernance
numérique, du contrôle citoyen à la redevabilité publique, de l'état civil à la
cohésion sociale, la trajectoire du Laboratoire Citoyennetés révèle une
organisation qui a progressivement diversifié ses champs d'intervention tout en
conservant un fil conducteur.
Ce fil conducteur est celui de la construction de
citoyennetés capables de dialoguer avec les institutions, de comprendre les
enjeux publics et de contribuer à la transformation des politiques qui
affectent leur quotidien.
Aujourd'hui, les interventions du Laboratoire
Citoyennetés témoignent d'une présence construite autour de plusieurs fonctions
complémentaires : observer, comprendre, expérimenter, renforcer les
capacités, produire des connaissances et faciliter le dialogue.
Dans un contexte marqué par des défis
sécuritaires, sociaux, démocratiques et informationnels majeurs, cette
expérience accumulée constitue un capital institutionnel important.
Plus de vingt ans après les premières
expérimentations qui ont conduit à la construction du Laboratoire Citoyennetés,
l'ambition demeure ainsi d'actualité : partir des réalités vécues par les
citoyens pour contribuer à construire des réponses publiques plus inclusives,
plus pertinentes et davantage ancrées dans les territoires.
Laboratoire Citoyennetés
Comprendre pour agir