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Du laboratoire d'idées à l'acteur de référence de la veille citoyenne : comment le Laboratoire Citoyennetés a construit, en plus de vingt ans, une expertise au service de la gouvernance et des citoyens

Du laboratoire d'idées à l'acteur de référence de la veille citoyenne : comment le Laboratoire Citoyennetés a construit, en plus de vingt ans, une expertise au service de la gouvernance et des citoyens

De la réflexion sur la gouvernance à la veille citoyenne des politiques publiques, le Laboratoire Citoyennetés a progressivement construit une présence dans l'espace public burkinabè et sous-régional. À travers les médias, les institutions partenaires et les plateformes spécialisées, ses interventions retracent un parcours marqué par la production de connaissances, l'expérimentation citoyenne, le dialogue entre acteurs et l'accompagnement des dynamiques de transformation sociale.

 

Depuis sa création, le Laboratoire Citoyennetés s'inscrit dans une démarche qui associe réflexion, recherche, action et mutualisation des expériences. On peut ainsi retracer plusieurs étapes de cette trajectoire institutionnelle.

Aux origines : penser autrement la gouvernance

Dans un entretien consacré à la décentralisation et à la gouvernance, en 2007, Boureima Ouédraogo présentait alors la philosophie du Laboratoire Citoyennetés comme un espace de production de connaissances et de propositions, fondé sur l'expérimentation de pratiques novatrices et d'initiatives citoyennes à l'échelle locale.

Cette intervention posait déjà les fondements d'une identité institutionnelle qui demeure structurante : comprendre les transformations sociales et politiques à partir des réalités vécues par les citoyens afin de contribuer à la transformation de l'action publique.

Quelques années plus tard, les réflexions du Laboratoire Citoyennetés sur la relation entre action publique et citoyennetés ont également trouvé un écho dans les espaces spécialisés de gouvernance. La question centrale était déjà clairement formulée : quelles actions publiques pour quelles citoyennetés ?

Cette interrogation allait progressivement structurer les interventions, programmes et prises de parole de l'organisation.


En mars 2024, le Laboratoire Citoyennetés marque ses 20 ans au travers d'une conférence internationale : « Le Sahel à I 'horizon 2050 : repenser les rapports État-citoyens ».

La gouvernance locale comme laboratoire d'action

La décentralisation et la gouvernance territoriale ont constitué l'un des premiers grands champs d'expérimentation du Laboratoire Citoyennetés.

En 2016, à l'occasion d'une analyse du processus de décentralisation au Burkina Faso, l'expertise des responsables du Laboratoire Citoyennetés sur les questions de gouvernance locale était déjà reconnue dans le débat public.

Cette orientation s'est renforcée avec le développement de partenariats avec les médias locaux. En décembre 2018, le Laboratoire Citoyennetés renouvelait notamment sa collaboration avec une trentaine de médias de proximité. Au-delà de l'appui aux journalistes, cette initiative traduisait une conviction forte : les médias locaux constituent des acteurs essentiels du rapprochement entre gouvernants et gouvernés.

Cette collaboration a également favorisé le développement de formats innovants de communication citoyenne, notamment à travers le théâtre radiophonique et la production de contenus sur les enjeux locaux.

CIVITAC : le numérique au service de la participation citoyenne

L'avènement du numérique a ouvert une nouvelle étape dans les modes d'intervention du Laboratoire Citoyennetés.

À travers la plateforme CIVITAC, l'organisation a développé un espace d'information et de participation autour des enjeux de gouvernance locale et de développement territorial.

En juillet 2019, une initiative en direction de la jeunesse a notamment permis de former 150 jeunes leaders du Centre-Ouest sur les enjeux des médias, des réseaux sociaux et de la participation citoyenne. Cette action mettait déjà en avant un enjeu qui demeure particulièrement actuel : permettre aux citoyens, notamment aux jeunes, de mieux produire, comprendre et utiliser l'information dans l'espace public numérique.

L'expérience CIVITAC a par ailleurs fait l'objet d'un intérêt académique. Une recherche publiée en 2025 s'est intéressée à la contribution de la plateforme à la promotion de la participation citoyenne dans la région du Plateau-central.

Cette reconnaissance dans le champ scientifique constitue un indicateur supplémentaire de l'intérêt porté aux outils expérimentés par le Laboratoire Citoyennetés en matière de participation et de gouvernance locale.

Faire de la redevabilité une pratique territoriale

Entre 2018 et 2021, le Laboratoire Citoyennetés a également renforcé ses interventions dans le domaine de la redevabilité sociale.

Le projet d'appui à la redevabilité sociale en faveur de l'accès aux services sociaux de base, mis en œuvre dans 35 communes, a permis d'accompagner des dynamiques de contrôle citoyen dans plusieurs secteurs essentiels, notamment l'éducation, la santé, l'eau potable et l'assainissement.

À travers cette expérience, l'organisation a contribué à promouvoir une conception concrète de la citoyenneté : une citoyenneté qui ne se limite pas à l'expression d'opinions, mais qui participe au suivi de l'action publique et à l'amélioration des services destinés aux populations.

Cohésion sociale et accès aux droits dans les zones fragiles

Les interventions du Laboratoire Citoyennetés se sont également adaptées aux transformations du contexte burkinabè.

Dans les zones affectées par l'insécurité et les déplacements de populations, la question de la cohésion sociale et de l'accès aux services essentiels est devenue un axe majeur d'intervention.

En 2021, le Laboratoire Citoyennetés était ainsi engagé dans une démarche visant à améliorer la qualité, l'accessibilité et la disponibilité des services d'état civil dans les communes de Ouahigouya, Titao et Dori.

L'approche associait diagnostic des services, dialogue entre acteurs et recherche de solutions adaptées aux réalités territoriales.

Dans le cadre du projet Trois Frontières, le Laboratoire Citoyennetés a également contribué à des initiatives de promotion de la coexistence pacifique, de prévention des conflits et d'accompagnement des populations vulnérables.

Ces interventions témoignent d'une évolution importante : la citoyenneté est également abordée comme une condition d'accès aux droits, de reconnaissance sociale et de cohésion entre communautés.

FASOVEIL : le changement d'échelle de la veille citoyenne

L'année 2022 marque une nouvelle étape majeure avec la mise en place du projet « Faciliter la Redevabilité et la VEILLE citoyenne avec la SOciété civile » (FASOVEIL).

Le Laboratoire Citoyennetés assure, aux côtés de la Fondation Hirondelle, la mise en œuvre de cette initiative soutenue par l'Union européenne et la Coopération suisse.

Dès la phase préparatoire, l'ambition du programme était clairement affirmée : renforcer les capacités de la société civile afin qu'elle puisse contribuer, sur la base de données et d'évidences, au suivi et à l'amélioration des politiques publiques.

Le lancement officiel de la phase opérationnelle de FASOVEIL, en avril 2023, a donné une visibilité nationale à cette ambition.

Le projet se présente comme un instrument de dialogue entre l'État, la société civile, les médias et les citoyens autour des priorités nationales de développement.

À travers FASOVEIL, le Laboratoire Citoyennetés a ainsi contribué à structurer un espace de veille couvrant plusieurs thématiques majeures de l'action publique, allant de la gouvernance à la sécurité, en passant par les ressources naturelles, la sécurité alimentaire, la cohésion sociale ou encore la lutte contre la corruption.


En novembre 2024, le Laboratoire Citoyennetés rend public le premier Rapport alternatif (2023), un exemplaire est remis au Directeur de cabinet du Premier ministre (ici en Faso Danfani).

Produire des évidences pour influencer les politiques publiques

L'une des évolutions les plus significatives des dernières années réside dans le renforcement de la fonction de production de connaissances.

En novembre 2024, la présentation du « Rapport alternatif 2023 » a constitué une étape importante dans cette dynamique.

Fruit d'un processus de suivi citoyen associant plusieurs organisations de la société civile, ce rapport a permis de porter dans le débat public des analyses et recommandations relatives aux politiques publiques nationales.

Au-delà de la publication d'un document, l'exercice traduit une orientation stratégique : faire du suivi citoyen un processus de production d'évidences susceptibles d'alimenter le dialogue avec les institutions publiques.

Cette démarche se poursuit à travers les actions de dialogue politique et de renforcement des capacités des organisations partenaires.

En 2026, le bilan d'une initiative portée par le CNOSC/BF avec l'appui du Laboratoire Citoyennetés à travers FASOVEIL a notamment mis en lumière les efforts consacrés à la consolidation du dialogue politique national autour du suivi citoyen des politiques publiques.

Des territoires aux politiques nationales

L'action du Laboratoire Citoyennetés conserve parallèlement un fort ancrage territorial.

Dans plusieurs régions, ses interventions accompagnent les cadres de concertation, les collectivités et les organisations citoyennes autour de problématiques liées à la redevabilité, à la cohésion sociale et à la sécurité communautaire.

Les projets territoriaux tels que SOLIDèR illustrent cette articulation entre les enjeux locaux et les dynamiques nationales.

En 2026, plusieurs publications de l'Agence d'information du Burkina ont notamment fait état d'interventions soutenues par le Laboratoire Citoyennetés dans les cadres de concertation territoriaux et les journées de redevabilité.

Ces initiatives rappellent une constante dans la démarche institutionnelle du Laboratoire Citoyennetés : les transformations de la gouvernance ne peuvent être pensées uniquement depuis le niveau central. Elles doivent également s'appuyer sur les territoires, les pratiques locales, les organisations communautaires et les expériences citoyennes.

Une présence qui accompagne les transformations de la société burkinabè

Du débat sur la communalisation à la gouvernance numérique, du contrôle citoyen à la redevabilité publique, de l'état civil à la cohésion sociale, la trajectoire du Laboratoire Citoyennetés révèle une organisation qui a progressivement diversifié ses champs d'intervention tout en conservant un fil conducteur.

Ce fil conducteur est celui de la construction de citoyennetés capables de dialoguer avec les institutions, de comprendre les enjeux publics et de contribuer à la transformation des politiques qui affectent leur quotidien.

Aujourd'hui, les interventions du Laboratoire Citoyennetés témoignent d'une présence construite autour de plusieurs fonctions complémentaires : observer, comprendre, expérimenter, renforcer les capacités, produire des connaissances et faciliter le dialogue.

Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, sociaux, démocratiques et informationnels majeurs, cette expérience accumulée constitue un capital institutionnel important.

Plus de vingt ans après les premières expérimentations qui ont conduit à la construction du Laboratoire Citoyennetés, l'ambition demeure ainsi d'actualité : partir des réalités vécues par les citoyens pour contribuer à construire des réponses publiques plus inclusives, plus pertinentes et davantage ancrées dans les territoires.

 

Laboratoire Citoyennetés

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